Jean-Marie Philipps

Jean-Marie Philipps, le papa de notre ami Pierre-Marie, vient de nous quitter. Voici le beau texte qu’avec ses frères et soeur, Pierre-Marie nous a adressé :

Chers amis,
Notre papa, Jean-Marie Philipps, s’en est allé hier soir. Il avait 89 ans. Il était hospitalisé depuis le 10 décembre, très affaibli, car il n’arrivait plus à se nourrir correctement… Il était traité depuis 2020 pour une pathologie de la prostate, qu’il supportait bien. Notre père aura eu la chance de ne fréquenter l’hôpital de Saint-Julien que pour y déposer des blessés lorsqu’il était pompier, pendant 30 ans, sauf une fois, il y a plus de 40 ans, pour un calcul rénal. En ce sens, il aura traversé la vie en très bonne santé.

Vous le lirez sans doute dans les jours prochains : notre père était un pilier de cette ville, dont il a dirigé les services municipaux pendant plus de 30 ans. Il aura ainsi travaillé avec trois maires : Roland Ruet, Pascal Meylan et Georges Vianès. À cette fonction s’ajoutait la gestion des sapeurs-pompiers (alors sous responsabilité communale), au sein desquels il était officier en second, derrière Maurice Malavallon puis Roger Deluermoz, responsable du secours à la personne, président de l’amicale et cofondateur, en 1982, avec Gérald Dentinger, de la section des jeunes sapeurs-pompiers de Ferney–Saint-Genis–Thoiry.

Rien de particulier ne le destinait à une telle carrière, car, comme son père et son grand-père avant lui, il avait suivi une formation et était devenu potier. C’est la poterie qui a amené les Philipps à Ferney-Voltaire : chassée d’Alsace en 1870, réfugiée tout d’abord à Renens, dans le canton de Vaud, notre famille s’est établie à Ferney au début du XXᵉ siècle. Mais voilà : après le retour d’Algérie, son père Hermann l’a «invité» à le rejoindre à la mairie, qu’il dirigeait lui-même depuis le début des années 50.

Ce n’est pas tout : il gérait également le SIVOM de l’Est Gessien, dont il avait co-rédigé les statuts. En 1971, il a arrondi certains « angles » pour faciliter la fusion entre Prévessin et Moëns. Il avait aussi travaillé sur le SIGEP, prémices de la communauté de communes, ainsi que sur la constitution du Technoparc de Saint-Genis-Pouilly (dans lequel la ville de Ferney était actionnaire). Jusqu’à il y a peu, il gérait les finances de nombreuses associations, parmi lesquelles les anciens combattants, le don du sang, le centre de soins infirmiers et le fameux Club de la Fourchette, fondé avec des amis artisans et commerçants de Ferney.

Dans le temps qui lui restait, il cultivait aussi ses loisirs. La musique occupait une place essentielle : il a ainsi joué pendant plus de 60 ans à la Société musicale de Ferney, longtemps présidée par son frère Bernard, au bugle, au cornet et à la basse. Il a également pratiqué la chasse, apprise dans les marais de Magny ou autour du bois de la Mouille (vers Leclerc) avec Jean-Pierre Chatelain, sans jamais en être un passionné acharné. Il a progressivement délaissé cette activité au début des années 80, lorsque la charge de travail à la mairie s’est alourdie — ce qui fut sans doute une grande déception pour sa chienne d’arrêt, Coca, un braque incroyable.

Il lui préférait la pêche, qu’il aimait pratiquer seul ou entre amis, puis plus tard avec ses petits-enfants. Il était rare qu’il manque une ouverture de la pêche ; il appréciait le Lion ou la Versoix pour la truite, ainsi que le Rhône et la Saône pour le brochet. Il aimait beaucoup aller également sur le lac Léman à la perche avec son ami Alain Réveillon qui possédait un bateau. Enfants, lorsque nous partions en vacances en Vendée, nous allions souvent pêcher avec lui : il passait d’ailleurs beaucoup de temps à démêler nos lignes plutôt qu’à pêcher lui-même…

Enfin, il jardinait beaucoup — un trait de famille — exploitant longtemps deux jardins à Ferney, avant de se consacrer à celui de notre autre maison familiale de Peyzieux-sur-Saône.
De retour d’Algérie, il avait fondé avec Pascal Meylan l’amicale des anciens d’Afrique du Nord, dont il fut le trésorier pendant des décennies, avant que cette association ne fusionne avec celle des Anciens Combattants. De 2022 à 2024, il a justement présidé l’amicale des Anciens Combattants.
Il était un homme bon, juste, discret et fiable, un travailleur acharné qui avait su, dès la fin des années 80, faire entrer l’informatique dans les services de la mairie. À ce titre, et grâce à sa compétence et à son expérience, il était consulté bien au-delà de notre ville. Nous avons toujours eu une grande admiration pour sa maîtrise incroyable d’Excel.

Il était aussi un mari, un papa, un frère, un oncle, un grand-père et un arrière-grand-père aimant et toujours à l’écoute. Cet engagement total n’aurait pas été possible sans notre mère Marie-Thérèse, qui en assumait la contrepartie familiale en portant l’organisation et l’équilibre du foyer. Arrivée à Ferney en 1966 pour enseigner à l’école Saint-Vincent, elle a fait le choix de mettre sa carrière entre parenthèses pendant de nombreuses années, ne reprenant une activité professionnelle que lorsque Cécile, notre petite sœur, est entrée au lycée. Sans ce soutien constant et discret, rien de ce que notre père a accompli n’aurait été possible.

Notre père n’a jamais cherché à se mettre en avant : il préférait que son travail et son engagement parlent pour lui. Sa disparition laisse un vide immense dans nos cœurs et dans nos vies.

Pierre-Marie, Stéphane, Nicolas, Cécile

Joseph Raphoz (1927-2025)

Dans sa ferme de Moëns, à la lisière de Ferney, Joseph Raphoz était paysan, agriculteur et éleveur. Élu maire de cette petite commune, il s’employa aussitôt à la fusionner avec sa grande voisine, Prévessin, créant ainsi, voilà tout juste un demi-siècle, la commune de Prévessin-Moëns que nous connaissons depuis lors et dont il fut maire de 1983 à 1989.

« Jo », comme le surnommaient ses amis, était passionné par l’élevage bovin. Chaque année, il accompagnait son troupeau pour l’estivage dans le Jura, précisément à Septmoncel, lieudit Les Eterpets, où il s’est encore rendu cet été.

Son épouse Marie-Madeleine, née Malavallon, est décédée en 2003. La famille Raphoz compte aujourd’hui de nombreux enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. A tous, nous adressons ici un message d’amitié, de tendresse et de reconnaissance.

Les funérailles de Joseph Raphoz se dérouleront en l’église de Ferney ce vendredi 28 novembre à 10 heures.

Pour Frédo, finie la musique

Avec l’accordéon de son copain Michel, la guitare de Frédo a longtemps résonné, chaque samedi matin, à l’orée du marché de Ferney. Après le départ de Michel, Frédo s’était fait plus rare. Nous ne l’entendrons plus, ne le verrons plus. Il est décédé le 14 octobre.

Frédéric Monnet, « Frédo » pour les amis, était le fils de Claude Monnet, bien connue pour ses engagements sociaux et citoyens. Il était aussi le frère de Valérie Geiser. Nous leur adressons nos affectueuses pensées.

Les funérailles de Frédo ont eu lieu le jeudi 23 octobre 2025 en l’église de Ferney, avant l’inhumation au cimetière tout proche.

Clap de fin

Alexandre Malgouverné, Olivier et Andrée Guichard, Babette et Fabienne Popelin, Frédéric Sagne et Alex Décotte.

Les portes de la Maison du pays de Voltaire se sont refermées après un mois d’exposition et de passionnantes rencontres. Dans cette annexe du 26 Grand’rue où les activités s’étaient progressivement assoupies, il aura fallu beaucoup d’efforts et beaucoup de communication pour que les Ferneysiens en trouvent ou retrouvent le chemin. Nos deux expositions simultanées (« S’exiler pour survivre » et « La Gymnique à Ferney ») ont attiré un public attentif. Merci à Geneviève et à toute notre équipe d’avoir accueilli et guidé les visiteurs.

L’ultime rencontre de vendredi soir a été un moment magique, avec la participation d’Alexandre Malgouverné, André Biolay, Olivier Guichard et sa maman Andrée, Babette et Fabienne Popelin (Deborne) et Freddy Sagne. Dans la salle était également présente Catherine Masson, petite-fille de François Alliod, passeur de juifs à Magny… 

Alexandre Malgouverné, historien, accumule depuis des années les témoignages et récits liés à cette époque sombre. Quant à André Biolay, il avait 12 ans à la fin de la guerre et, gamin, il a couru les bois avec le plus connu des passeurs, François Lachaux, arrière-grand-père d’Olivier Guichard. Babette Popelin est la fille de Marcel Deborne, passeur reconnu lui aussi. Fabienne, sa petite-fille, enquête depuis des années sur la vie de son grand-père. Quant à Freddy Sagne, il est revenu sur l’incroyable aventure de son grand-père André, qui cachait des aviateurs anglais dans le grenier de sa maison (celle-là même où se déroulait notre table ronde) et fut sauvé de la justice nazie par le Suisse Gottlieb Fuchs, interpète personnel de Kaus Barbie.

Merci à tous et à l’année prochaine pour une nouvelle exposition, un nouveau livre et de nouvelles rencontres.

René Pinget 1927-2025

René et Geneviève Pinget en 1948

À l’âge de 98 ans, René Pinget s’en est allé comme il était venu : sur la ponte des pieds. Avec son frère Georges, il avait marqué les années d’après-guerre dans leur garage installé à l’emplacement de l’actuelle Comédie de Ferney par leur papa, Albert, venu de Saint-Genis au début des années trente avec femme et enfants.

Le premier garage Pinget avait été installé rue de Genève mais, suite à un incendie, c’est dans le haut de la Grand’rue qu’Albert et ses deux fils poursuivirent leur activité.

En 1948, peu après son mariage avec Geneviève et la naissance de leur fille Martine, René avait provisoirement abandonné le garage, s’exilant au Cameroun pour travailler dans le transport de coton. Femme et enfant l’y avaient rejoint mais, gravement atteint dans sa santé, René était revenu à Ferney deux ans plus tard et avait repris son métier de mécanicien dans le garage de son père, que Georges avait repris durant son absence. Georges, l’aîné, menait fermement la barque tandis que René, son cadet, l’épaulait en toute discrétion.

René était un Ferneysien actif et apprécié. Il avait été pompier bénévole et avait participé à la création de la Pétanque ferneysienne, qu’il avait un temps présidée. Aux côtés de nombreux Ferneysiens, il était aussi un infatigable chasseur, courant les bois jusqu’à ses 90 ans !

Geneviève, son épouse, était décédée en 2007 et, depuis 2023, René vivait à l’EHPAD du Clos Chevalier, où il est mort le 14 octobre. Ses funérailles auront lieu ce vendredi 21 octobre à 14h30 en l’église de Ferney.

Nos pensées vont à Martine et Jean Alliod, ainsi qu’à toute la famille Pinget.

Déjà, les témoignages affluent : « Cette famille nous est proche, nous les anciens Ferneysiens » (Gilbert Heffner). « Une belle personne vient de nous quitter » (Marie-Claire Caillet). « Que de souvenirs » (Christiane Vibert). « LE garagiste ferneysien. Mes parents lui achetaient toutes leurs voitures » (Ray Cheminal). « Encore une image typique de Ferney qui s’en va » (Gini Savoie). « Paix à son âme après une vie de travail bien remplie » (Michèle Knecht).

Descendants de passeurs

L’un des plus cannus parmi les passeurs de Juifs : François Lachaux et son fils devant le bureau de poste d’Ornex (photo ancienne colorisée par IA)

Exposition « S’exiler pour survivre » / Rencontre ce vendredi 17 octobre à 18h30.

Leurs grands-parents ou arrière-grands-parents ont été des héros discrets, courageux et méconnus. Entre 1942 et 1944, ils furent quelques-uns à faire passer en Suisse, à travers bois et au péril de leur vie, des familles juives fuyant le nazisme et ses abominations. A Ornex, François Lachaux fut l’un d’entre eux. D’autres – et parfois les mêmes – cachaient chez eux des aviateurs anglais récupérés sur le sol de la France occupée. Des dizaines de vies ont ainsi été sauvées par des Ferneysiens et des Gessiens dont même la famille ignorait les activités.

Marcel Deborne, menuisier à Ferney, faisait passer des Juifs vers la Suisse mais sa famille ne l’a su que bien plus tard.

Dans ces années-là, Klaus Barbie dirigeait la Gestapo de Gex et résidait au château de Prévessin avant de devenir « le boucher de Lyon » de sinistre mémoire. C’est grâce à son interprète personnel, le Suisse Gottlieb Fuchs, qu’un commerçant ferneysien put échapper à l’arrestation et à la mort.

Au 26 Grand’rue, où est actuellement présentée l’exposition « S’exiler pour survivre », des résistants cachaient des aviateurs anglais avant de les faire passer ensuite en Suisse. A droite, le magasin de l’horloger André Sagne, qui ne dut la vie qu’à une intervention de Gottlieb Fuchs, interprète de Klaus Barbie et informateur de la Résistance.

Les enfants et petits-enfants de ces héros discrets n’ont souvent appris que bien plus tard le rôle qu’ils ont joué dans ces années sombres. Plusieurs d’entre eux seront présents, ce vendredi soir, à la Maison du Pays de Voltaire (26 Grand’rue), cette maison où furent cachés, dans une pièce à double fond, des aviateurs anglais en attente de passage clandestin vers la Suisse.